Gilles TRISTAN

Inspirations poétiques

Solitaire

 

 

Sous l'horizon lointain des latitudes,

là où les milles éveillent ma solitude,

j’aime entendre frapper sur mon étrave,

les vagues qui brisent leurs entraves.

 

Elles se défont de leur panache blanc,

glissent et meurent sur mes flancs.

Insolentes comme des femmes allant,

chevelure au vent des embruns salants.

 

Je suis un jeune capitaine ténébreux,

qui seul face à la mer, songe silencieux.

Sans marin, sans personne, ni même dieu,

je parcoure les océans creux et orageux.

 

J'aime oublier cette terre d'adultes,

avec trop peu d’espoir et sans culte.

Et lorsque les vents m'emportent,

ils en referment la dernière porte.

 

Sans me retourner, j'ouvre l'horizon,

entre ciel et mer, je glisse vers Orion.

Sans perdre la raison, je dérive pourtant,

vers d'autres voyages en dehors du temps.

 

Seul, sans compagnon d'infortune,

je n'ai que pour maîtresse la lune.

Parfois soucieuse dans mon sillage,

parfois rieuse dans les nuages.

 

Et quand la mer formée se déchaîne,

qu'elle me déferle toute sa haine,

je lui raconte des histoires de marins,

revenus sans qu'un ne s'est plaint.

 

Mais quand elle hurle dans les brisants,

comme une bête hirsute sur l'océan,

je l'écoute et je lui parle du parfum

de mes larmes mêlées aux embruns.

 

Alors elle gronde une dernière fois sa colère,

pour me faire regretter encore un peu la terre.

Et puis en la remerciant, je reprends ses flancs

en la caressant au près serré, comme deux amants.

 

 

Gilles TRISTAN